Expressionnisme suisse
Cuno Amiet
Frau im Garten, 1911
Cuno Amiet
Haus auf der Oschwand, 1914
Cuno Amiet
Hügel, 1902
Cuno Amiet
Die Wäsche, ca 1905
Giovanni Giacometti
Capolago, sole, ca 1906-1907
Giovanni Giacometti
Fanciulli nel lago - Alberto und Diego im Silsersee, 1916
Giovanni Giacometti
Toeletta della sera III, Portrait d'Annetta Giacometti, 1911
Giovanni Giacometti
Il Ponte al sole, 1911
Giovanni Giacometti
Mutter und Kind I, Annetta mit Bruno, 1908
Giovanni Giacometti
Nell'Osteria, 1915
Albert Müller
Tessinerinnen, s.d.
Albert Müller
Tessinerlandschaft III, 1925
Hermann Scherer
Waldlandschaft, 1924-1925
Hermann Scherer
Kastanienbäume, 1925
Hermann Scherer
Grosse Berglandschaft, 1924-1926
Paul Camenisch
Café Commerce Suisse, 1928
Paul Camenisch
Platz I, 1924
Paul Camenisch
Der rote Rücken (Vorfrühlingslandschaft), 1926

Les couleurs vives et les contours rapides dont le peintre suisse Cuno Amiet (1868-1961) se sert au début du XXe siècle résonnent avec la vitalité, le primitivisme et la véhémence de l’expressionnisme allemand, cristallisé autour des groupes Die Brücke à Dresde et Der Blaue Reiter à Munich. Dans la veine de Vincent Van Gogh, de James Ensor et d’Edvard Munch, les expressionnistes allemands réagissent, comme les fauvistes français, à l’impressionnisme et se proposent d’exprimer les émotions de l’artiste face à la réalité d’une façon subjective, à travers des couleurs saturées, voire acides, des traits nerveux et des images parfois corrosives, qui choquent le spectateur en quête d’harmonie.

Fritz Bleyl, Erich Heckel, Ernst Ludwig Kirchner et Karl Schmidt-Rottluff – les fondateurs du groupe Die Brücke – remarquent pour la première fois le travail d’Amiet lors d’une exposition de celui-ci à la galerie Richter à Dresde en 1905. Peu après, ils invitent l’artiste suisse à se joindre à leur recherche d’une nouvelle expressivité artistique, loin des normes académiques et bourgeoises. De 1906 jusqu’en 1913, Amiet poursuit depuis la Suisse son expérimentation chromatique singulière au sein du groupe expressionniste allemand, sans s’imposer aucune restriction quant au choix des techniques, des thèmes et des genres qu’il aborde. À travers des paysages, des portraits, des nus ou des natures mortes, il contribue à propulser l’art suisse au cœur de la modernité européenne, tout en favorisant les échanges internationaux d’autres artistes suisses, tel son ami Giovanni Giacometti (1868-1933).

Sans avoir officiellement adhéré au groupe, Giovanni Giacometti est fortement marqué par Die Brücke, dont il est proche dès 1908. Avec sa palette audacieuse, ses orchestrations lumineuses, les traits anguleux de ses xylogravures, Giacometti développe et renouvelle l’influence des avant-gardes européennes, tout en les adaptant aux paysages des Grisons.

L’arrivée de Kirchner à Davos en 1917 suscite également de l’intérêt pour l’expressionnisme auprès de la jeune génération d’artistes suisses.  La résidence de Kirchner devient un lieu de séjour pour beaucoup de peintres, parmi lesquels Albert Müller (1897-1926) et Hermann Scherer (1893-1927). Ceux-ci adoptent les tendances expressionnistes venues de l’Allemagne, mais gardent en même temps une filiation avec la tradition picturale et l’art populaire suisses. Leurs paysages en tons vifs et plans superposés évoquent des motifs de l’imaginaire helvète, comme Tessinerlandschaft III (1925) de Müller ou Waldlandschaft (1924-1925) de Scherer.

En 1925, Müller et Scherer fondent avec Paul Camenisch (1893-1970) le groupe Rot-Blau, plaidant en faveur de meilleures possibilités d’exposition et de commandes publiques pour l’art expressionniste. Légèrement en marge de cette expérience commune, Camenisch peint des architectures fantastiques aux teintes acidulées (Platz, 1924), des paysages (Der rote Rücken, 1926) et des scènes de la vie sociale (Café Commerce Suisse, 1928). Il combine ainsi les préceptes de la peinture expressionniste avec ceux du surréalisme, voire de la Nouvelle Objectivité, évoquant par ses toiles une certaine forme de critique sociale. Malgré la brièveté de son histoire, la collaboration de Müller, de Scherer et de Camenisch dans le cadre du groupe Rot-Blau apporte une contribution majeure à l’expressionnisme suisse et défend sa réception auprès du public.

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